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ComprendreLa carte d'Insuffle

La carte de la complexité

La complexité du problème n'est pas la complexité du collectif qui doit le résoudre. Les grands modèles de la complexité lisent une seule ligne, celle du problème. La carte d'Insuffle ajoute la coordonnée qui leur manque : l'état du groupe. Et elle montre une zone que personne ne regarde.

Carte : complexité du problème de connu à inconnu en abscisse, complexité du collectif d'aligné à noué en ordonnée, cinq situations
La carte de la complexité du collectif.

Deux axes, indépendants

L'axe horizontal, c'est la complexité du problème, de connu à inconnu. Elle se mesure, au moins approximativement : sait-on comment faire, quelqu'un l'a-t-il déjà fait, les causes et les effets sont-ils lisibles ? C'est la seule ligne que lisent les cadres de Ralph Stacey et de Cynefin. L'axe vertical, c'est la complexité du collectif, d'aligné à noué. Elle ne se mesure pas, elle s'apprécie : les peurs, les loyautés, ce que chacun a à perdre. Deux personnes suffisent à la saturer. Sur le dessin, cet axe est flou, en dégradé, sans graduation, parce que c'est ainsi qu'on le perçoit.

Les deux axes sont indépendants. Un problème trivial peut mobiliser un collectif totalement noué : un déménagement de bureaux déclenche parfois plus de tensions qu'une refonte stratégique. À l'inverse, un problème extrême peut trouver un collectif parfaitement aligné.

Cinq situations, un verbe chacune

SituationProblèmeCollectifCe que ça appelleCadre le plus proche
Exécuterconnualignéaucune facilitationCynefin, domaine clair
Explorerinconnualignéfacilitation de contenuCynefin, domaine complexe
Dénouerconnunouéfacilitation de transformationHeifetz, défi adaptatif
Traverserinconnunouéstratégique puis transformationStacey, zone de complexité
Stabiliserplus rien ne tientindisponibleaucune des troisCynefin, domaine chaotique

Chaque situation appelle une réponse différente. Exécuter n'a besoin d'aucune facilitation : le problème est connu, le groupe est d'accord, il faut faire. Stabiliser non plus : quand plus rien ne tient, on décide, puis on redescend. Entre les deux, les trois facilitations trouvent leur terrain.

Dénouer, l'angle mort des modèles

C'est la zone que la carte existe pour montrer. Le problème est connu, parfois résolu sur le papier depuis des mois, et pourtant rien ne bouge. Les modèles qui ne lisent que la complexité du problème classent la situation en « simple » et prescrivent de l'exécution. Le collectif, lui, reste bloqué.

C'est le défi adaptatif décrit par Ronald Heifetz : une situation où la solution technique existe, mais où la mettre en œuvre demande aux personnes de changer ce qu'elles font, ce qu'elles protègent, parfois ce qu'elles sont. Aucun plan d'action ne le règle. Il faut un travail de transformation.

Le chaos occupe tout le haut

Sur la carte, le chaos n'est pas un coin. C'est tout le haut : dès que le collectif devient indisponible (crise, sidération, départs en série), la complexité du problème ne compte plus. On agit d'abord, on stabilise, et la facilitation revient ensuite. C'est le traitement du chaos par l'action proposé par Cynefin.

Où le Futur Désiré a du sens

La démarche de Futur Désiré d'Insuffle a un terrain d'application borné sur la carte. Elle est inutile sous la ligne du contenu, parce qu'un collectif déjà aligné n'a pas besoin de se projeter ensemble. Elle est impossible dans le chaos, parce que la projection y est détruite. Entre les deux, elle est un levier, en quatre temps : observer, désirer, concevoir, transformer.

La règle d'or : ouvrir, jamais classer

Une carte fige, donc elle trahit. Son seul usage honnête est de la poser devant le groupe et de lui demander où il se situe. Les désaccords sur l'emplacement sont précieux : ils disent ce que chacun voit du collectif. C'est l'échec du classement qui fait le travail.

Sources de la carte : géométrie d'après Ralph Stacey (1996), couche simple, compliqué, complexe d'après Zimmerman (1998), traitement du chaos d'après Cynefin (Kurtz et Snowden, 2003 ; Snowden et Boone, 2007), axe du collectif d'après Bion, Jaques, Menzies Lyth, Argyris et Schön, Edmondson, angle mort d'après Heifetz (1994), degrés de facilitation d'après Schein et Schwarz.

Yoan Lureault en atelier

Yoan Lureault et l'équipe Insuffle

Facilitateur depuis quinze ans, il anime des comités de direction et des grands groupes avec le cabinet Insuffle, et forme des facilitateurs avec Insuffle Académie. Ce qui est écrit ici est ce qui est pratiqué en salle.

Mis à jour le 27 septembre 2026 · Nos règles éditoriales · yoan.eu

Questions fréquentes

Ce qu'on nous demande

Quelle différence avec le modèle Cynefin ?

Cynefin classe les situations selon la nature du problème. La carte d'Insuffle ajoute un second axe indépendant, la complexité du collectif, qui explique pourquoi un problème simple peut rester bloqué.

Que veut dire « dénouer » ?

C'est la situation où le problème est connu mais le collectif noué : la solution existe, rien ne bouge. Elle appelle une facilitation de transformation, pas un plan d'action de plus.

Peut-on utiliser la carte en atelier ?

Oui, à condition de demander au groupe de se situer plutôt que de le classer. Les écarts entre les réponses sont la matière du travail.

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