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Situation difficileCe qu'on fait, concrètement

« Ce sont toujours les mêmes qui parlent »

Quand ce sont toujours les mêmes qui parlent, le problème n'est ni chez les bavards ni chez les silencieux. Il est dans la façon dont la parole circule. Une question lancée en plénière favorise toujours les plus rapides, les plus assurés et les plus gradés. On change la structure, pas les gens.

Vous reconnaissez ?Les signes
  • Vous posez une question, et les trois mêmes répondent, presque toujours dans le même ordre.
  • Les autres hochent la tête, regardent leur écran ou attendent la fin.
  • Le tour de table produit des « rien à ajouter » et des « je suis d'accord avec ce qui a été dit ».
  • Les vraies idées arrivent après, à la machine à café, quand la réunion est finie.
  • Le plus gradé parle en premier, et toute la discussion s'aligne sur lui.

Ce qui se passe vraiment

Ce n'est presque jamais de la mauvaise volonté. Ni chez ceux qui parlent, ni chez ceux qui se taisent. C'est mécanique.

Une question posée à tout le monde, en plénière, récompense la vitesse. Les plus rapides répondent. Les plus assurés s'avancent. Les plus gradés cadrent. Les autres pensent plus lentement, ou n'osent pas contredire ce qui vient d'être dit. Une fois que trois avis sont posés, ils s'y alignent.

Le tour de table ne change rien. Il donne la parole à chacun, mais après ceux qui ont déjà cadré la discussion. Le dixième à parler ne donne pas son avis. Il se positionne par rapport aux neuf premiers. Voir les dynamiques de groupe.

Sur le moment, que faire

La discussion est lancée et vous voyez les trois mêmes monter au filet. Ne sollicitez pas les silencieux un par un, ça les met sur le gril. Changez le format de l'échange.

« Avant de continuer, je vous donne deux minutes, chacun pour soi, en silence. Notez votre réponse sur des post-it. Une idée par post-it. »

Puis : « Tournez-vous vers votre voisin. Trois minutes pour comparer. » Après ça, tout le monde a parlé une fois. Et une personne qui a parlé une fois reparle beaucoup plus facilement.

Pour les plus bavards, une phrase suffit, sans les viser : « J'aimerais entendre des voix qu'on n'a pas encore entendues. » Le groupe comprend. Eux aussi.

Avant la session, comment l'éviter

Le tour d'inclusion, en début de session, fait parler chacun dans les cinq premières minutes. Une question courte, une réponse en une phrase : « Dans quel état d'esprit arrivez-vous, en un mot ? » Ça suffit à briser le premier mur.

Parlez aux bavards avant. Pas pour les faire taire : pour leur demander d'aider. « Tu parles facilement, et c'est précieux. Aujourd'hui, j'ai besoin que tu m'aides à faire parler les autres. » Ils deviennent souvent vos meilleurs alliés.

Et parlez au plus gradé : demandez-lui de donner son avis en dernier. Il comprend presque toujours. Le cadre de session peut l'écrire noir sur blanc : « Chacun a quelque chose à apporter. On écoute avant de répondre. »

Après la session

Regardez qui a produit quoi. Si les post-it écrits en silence sont plus riches que ce qui s'est dit en plénière, vous tenez la preuve que la parole était bloquée, pas les idées.

À la réunion suivante, reprenez les mêmes structures dès le début. Un réflexe s'installe en trois ou quatre séances. Après, c'est le groupe qui les réclame.

Ce qu'il ne faut surtout pas faire

Interpeller un silencieux devant tout le monde : « Et toi, Julien, tu ne dis rien ? » Vous venez de le transformer en spectacle. Il dira quelque chose de prudent et se taira encore plus la prochaine fois.

Couper sèchement un bavard. Le groupe regarde et retient une chose : ici, parler est risqué.

Et ne confondez pas avec le participant qui occupe délibérément la place. C'est une autre situation, avec d'autres gestes : voir un participant monopolise.

Yoan Lureault en atelier

Yoan Lureault et l'équipe Insuffle

Facilitateur depuis quinze ans, il anime des comités de direction et des grands groupes avec le cabinet Insuffle, et forme des facilitateurs avec Insuffle Académie. Ce qui est écrit ici est ce qui est pratiqué en salle.

Mis à jour le 27 septembre 2026 · Nos règles éditoriales · yoan.eu

Sur le moment

La séquence d'intervention

  1. Suspendre la plénière 10 secondes

    « On s'arrête une seconde. » Vous cassez la dynamique avant qu'elle ne se fige.

  2. Faire écrire en silence 2 min

    Chacun note ses idées sur des post-it, une par post-it. C'est le principe du brainwriting, et c'est le geste qui change le plus.

  3. Passer par les binômes, puis les quatre 8 min

    Le 1-2-4-Tous : seul, à deux, à quatre, puis tous. En douze minutes, tout le monde a parlé.

  4. Recueillir par groupe, pas par personne 5 min

    « Qu'est-ce qui est ressorti chez vous ? » Un porte-parole par groupe. Les idées des silencieux arrivent sans qu'ils aient à s'exposer.

  5. Voter à l'aveugle 3 min

    Gommettes posées en même temps, ou vote en ligne masqué jusqu'à la fin. Les avis ne s'influencent plus.

Questions fréquentes

Ce qu'on nous demande

Comment faire participer tout le monde en réunion ?

En changeant la structure plutôt qu'en sollicitant les gens : faire écrire avant de parler, passer par des binômes, faire parler le plus gradé en dernier, voter à l'aveugle. Le 1-2-4-Tous fait parler tout le monde en douze minutes.

Pourquoi le tour de table ne marche-t-il pas ?

Parce qu'il donne la parole à chacun après ceux qui ont déjà cadré la discussion. Les derniers s'alignent sur ce qui a été dit. Faire écrire chacun avant le tour change tout.

Comment faire parler les introvertis en réunion ?

En leur laissant le temps de penser avant de parler : écriture silencieuse, binômes, question envoyée la veille. Ils ont souvent les idées les plus travaillées. Ils ont juste besoin d'un autre tempo que la plénière.

Comment gérer quelqu'un qui parle trop en réunion ?

Lui parler avant, seul à seul, pour lui demander d'aider à faire parler les autres. En séance, changer la structure plutôt que viser la personne : écriture, binômes, tours chronométrés.

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