À quoi ça sert
Une équipe de dix discute depuis trois réunions de ses règles de télétravail. Chacun a une version légèrement meilleure. Personne ne cède, rien n'est décidé, et la règle actuelle, que tout le monde trouve mauvaise, continue de s'appliquer.
Le consentement sort de cette impasse. Il change la question posée au groupe. Plus « êtes-vous d'accord ? », mais « pouvez-vous vivre avec, le temps de l'essayer ? ». Les préférences restent légitimes. Elles ne bloquent plus.
D'où ça vient
Elle vient de la sociocratie, formalisée aux Pays-Bas par Gerard Endenburg à partir des années 1970, et reprise ensuite par d'autres modèles de gouvernance partagée.
Quand l'utiliser, et quand s'en passer
Quand un groupe doit décider ensemble et que le consensus prend trop de temps ou n'arrive jamais. Quand une décision peut être révisée, et qu'il vaut mieux essayer que discuter indéfiniment. Pour des règles de fonctionnement, des choix d'organisation, des priorités d'équipe. De trois à une quinzaine de personnes.
Pas quand la décision est irréversible et lourde : « assez bon pour essayer » suppose qu'on puisse revenir en arrière. Et pas quand la décision appartient en réalité à une seule personne. Faire semblant de décider ensemble est pire que de dire qui décide.
La consigne qui fait tout
Tout se joue au tour d'objections. La question doit être posée à chacun, à voix haute, avec la même formule à chaque fois.
- « Voyez-vous une raison pour laquelle cette proposition nous ferait du tort, ou nous empêcherait d'atteindre notre but ? Si c'est une préférence, gardez-la pour le tour de réactions. »
- Face à une objection : « Qu'est-ce qui se passerait concrètement si on l'appliquait lundi ? Que faudrait-il changer pour que vous puissiez vivre avec ? »
- Pour conclure : « Pas d'objection. La proposition est adoptée. On la revoit à la réunion du premier lundi de juin. »
La deuxième formule transforme l'objecteur en co-auteur. C'est elle qui rend le consentement rapide.
Les erreurs qui coûtent cher
Confondre objection et préférence. « J'aurais préféré autre chose » n'est pas une objection. Le facilitateur aide chacun à faire la différence, sans quoi le consentement devient un droit de veto. Oublier la révision. « Assez bon pour essayer » suppose qu'on revoie. Sans date de révision, on a juste décidé vite.Variantes
L'élection sans candidat, autre pratique de la sociocratie, applique le même principe au choix d'une personne pour un rôle. Le consentement rapide, une main levée pour dire « pas d'objection », suffit pour les petites décisions quotidiennes d'une équipe habituée.
Avec quoi le combiner
On ne consent pas à un sujet, on consent à une proposition. Pour la construire, un 1-2-4-Tous ou un passage par les six chapeaux fait le tour des angles. Pour sonder la salle avant le tour formel, un poing à cinq montre en dix secondes s'il reste des réserves fortes.