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Situation difficileCe qu'on fait, concrètement

« La réponse est déjà écrite »

Un atelier alibi est un atelier présenté comme participatif alors que la décision est déjà prise. La direction veut « embarquer les équipes », « que ça vienne d'eux ». On vous demande de faire émerger une conclusion que vous avez déjà sous les yeux. Vous pouvez le faire. Le groupe le sentira.

Vous reconnaissez ?Les signes
  • Au cadrage, le commanditaire décrit la conclusion qu'il attend avec une précision troublante.
  • Un document de décision existe déjà, et les participants ne l'ont pas vu.
  • À la question « et si le groupe conclut autrement ? », la réponse est gênée ou évasive.
  • En salle, un participant lâche : « De toute façon, c'est déjà décidé, non ? »
  • Les idées qui s'écartent de la cible sont reformulées jusqu'à rentrer dedans.

Ce qui se passe vraiment

C'est la fausse participation, et c'est le pire des cas. Pire qu'une décision annoncée franchement. Le groupe finit toujours par comprendre que la réponse était écrite, et il en tire une leçon durable : les ateliers, ici, c'est du théâtre. La prochaine fois, il ne participera pas, même quand ce sera sincère.

Le commanditaire n'est souvent pas cynique. Il croit sincèrement qu'impliquer les gens, même après coup, fera passer la décision. Il ne mesure pas ce que coûte le moment où ils découvrent le décor.

Sur le moment, que faire

Si la question tombe en pleine séance, « c'est déjà décidé, non ? », ne mentez pas. Le mensonge se découvre toujours, et il coûte la session et les suivantes.

« Une partie est décidée, oui. La direction a arrêté la réorganisation. Ce qui ne l'est pas, c'est la façon de la mettre en œuvre dans vos équipes. C'est là-dessus que votre avis va compter. »

Si vous ne savez pas vous-même ce qui est ouvert, dites-le, et demandez au commanditaire de répondre devant le groupe. Une réponse franche de la direction, même décevante, remet le groupe au travail. Un flou entretenu le fait décrocher. Voir la neutralité du facilitateur.

Avant la session, comment l'éviter

La question qui démasque un atelier alibi au cadrage : « Si le groupe arrive à une conclusion différente de la vôtre, que se passe-t-il ? » Si la réponse est gênée, vous savez.

Presque toujours, le quoi est décidé mais le comment ne l'est pas. Aidez le commanditaire à écrire deux listes : ce qui est décidé, ce qui est ouvert. Puis à choisir un mode de décision honnête. Consulter, ce n'est pas décider ensemble, mais c'est respectable quand c'est dit. Voir cadrer avec le commanditaire et les modes de décision.

Si rien n'est ouvert, il n'y a rien à faciliter. Une réunion d'information honnête vaut mieux qu'un atelier alibi. Un facilitateur peut dire non.

Après la session

Rendez compte au groupe de ce qui a été retenu de son travail sur la partie ouverte. Précisément. « Vous avez proposé quatre modalités. Trois sont retenues, la quatrième non, voici pourquoi. » C'est ce qui rend la prochaine consultation crédible.

Si l'atelier a quand même glissé vers l'alibi, dites-le au commanditaire. Sans leçon. Avec les faits : ce que le groupe a dit, ce qu'il a compris, ce que ça coûtera la prochaine fois.

Ce qu'il ne faut surtout pas faire

Vendre la décision. Le facilitateur n'est pas là pour ça. S'il le fait, il perd la confiance du groupe, et celle des sessions suivantes.

Orienter les post-it. Regrouper les idées de façon à faire apparaître la conclusion attendue, reformuler jusqu'à ce que ça rentre. Le groupe le voit. Il ne le dira peut-être pas. Il ne reviendra pas.

Et laisser des participants venir en croyant tout décider. Des gens convoqués à un atelier dont l'issue est écrite vivent la même chose que des participants forcés : ils sont là, mais ils ne jouent pas.

Yoan Lureault en atelier

Yoan Lureault et l'équipe Insuffle

Facilitateur depuis quinze ans, il anime des comités de direction et des grands groupes avec le cabinet Insuffle, et forme des facilitateurs avec Insuffle Académie. Ce qui est écrit ici est ce qui est pratiqué en salle.

Mis à jour le 27 septembre 2026 · Nos règles éditoriales · yoan.eu

Sur le moment

La séquence d'intervention

  1. Ne pas nier 10 secondes

    Si quelqu'un demande si c'est décidé, ne répondez jamais « non, tout est ouvert » quand c'est faux.

  2. Séparer décidé et ouvert 3 min

    Deux colonnes au paperboard : ce qui est décidé, ce qui est à construire ici. Le groupe voit enfin le terrain de jeu.

  3. Annoncer le mode de décision 1 min

    « La direction a décidé de réorganiser. Aujourd'hui, c'est vous qui dessinez comment. » De la consultation, dite, c'est respectable.

  4. Faire travailler sincèrement le comment Le reste de la session

    Sur la partie ouverte, aucune orientation. Ce que le groupe produit remonte tel quel.

  5. Engager le retour 5 min

    Annoncer quand et comment le groupe saura ce qui a été retenu, et par qui.

Questions fréquentes

Ce qu'on nous demande

Qu'est-ce qu'un atelier alibi ?

Un atelier présenté comme participatif alors que la décision est déjà prise. Le groupe finit toujours par le comprendre et en tire une leçon durable : ici, les ateliers sont du théâtre. C'est pire qu'une décision annoncée franchement.

Que faire si le commanditaire a déjà décidé ?

Le lui dire au cadrage, puis séparer ce qui est décidé de ce qui reste ouvert : souvent, le quoi est tranché mais le comment ne l'est pas. On annonce le premier franchement et on fait travailler le groupe sincèrement sur le second.

Consulter les équipes, est-ce de la fausse participation ?

Non, si c'est dit. Consulter, c'est recueillir des avis avant qu'un décideur tranche. La fausse participation commence quand on présente une consultation, ou une décision prise, comme une co-construction.

Un facilitateur peut-il refuser un atelier ?

Oui. Si rien n'est ouvert, il n'y a rien à faciliter. Mieux vaut proposer une réunion d'information honnête qu'animer un atelier dont la conclusion est écrite.

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