Ce qui se passe vraiment
Un manager qui facilite son équipe est juge et partie. Il a un avis sur le contenu, il a du pouvoir sur les personnes, et tout le monde le sait. La neutralité du facilitateur, qui est le cœur du métier, lui est inaccessible.
Ça ne veut pas dire qu'il ne peut pas faciliter. Ça veut dire qu'il doit le faire autrement, en étant clair sur ce qui est ouvert et ce qui ne l'est pas.
Le pire est de faire semblant d'être neutre. L'équipe le voit, et elle cesse de croire aux ateliers.
Sur le moment, que faire
Dites votre double rôle, au début, en une phrase : « Aujourd'hui j'anime, et c'est moi qui déciderai à la fin, en tenant compte de ce que vous direz. » La clarté remplace la neutralité impossible.
Quand l'équipe propose une idée que vous trouvez mauvaise, ne la démolissez pas en séance. Posez une question qui aide le groupe à la tester : « Qu'est-ce qui pourrait faire échouer ça ? » Si l'idée est vraiment mauvaise, le groupe le verra souvent tout seul.
Et si vous devez dire non, dites-le franchement, avec la raison : « Celle-là, je ne la retiens pas, parce que le budget ne le permet pas cette année. » Un non expliqué vaut mieux qu'un oui de façade qui ne sera jamais appliqué.
Avant la session, comment l'éviter
Préparez par écrit trois listes : ce qui est décidé, ce qui est négociable, ce qui est entièrement à l'équipe. Voir les modes de décision. Si la troisième liste est vide, ne faites pas d'atelier : informez.
Pour les sujets où votre position vous empêche d'être crédible, un budget, une réorganisation, un conflit dans l'équipe, faites faciliter par quelqu'un d'autre : un collègue d'un autre service, un facilitateur interne, ou un externe. Vous devenez alors un participant, et c'est souvent libérateur.
Après la session
Rendez compte de ce que vous avez fait des propositions. Ce qui est retenu, ce qui ne l'est pas, pourquoi. C'est ce qui fait que votre équipe croira au prochain atelier.
Et demandez un retour, anonyme si possible : « Qu'est-ce qui vous a empêché de dire ce que vous pensiez ? » La réponse vous en apprendra plus sur votre management que bien des entretiens annuels.
Ce qu'il ne faut surtout pas faire
Donner votre avis en premier. Même prudemment. Même « juste pour lancer ». L'équipe s'aligne.
Poser des questions dont vous connaissez la réponse. Ce n'est pas une question, c'est une vérification, et l'équipe le sent.
Animer un atelier sur votre propre façon de manager. Là, même la meilleure structure ne protège pas la parole. C'est exactement le sujet de la formation manager facilitateur d'Insuffle Académie, pour les managers qui veulent animer autrement que par la présentation descendante, en assumant leur rôle de décideur. Voir aussi le manager facilitateur.