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Situation difficileCe qu'on fait, concrètement

« Je suis manager et je dois faciliter »

Un manager qui facilite sa propre équipe est juge et partie. Il a un avis sur le contenu, du pouvoir sur les personnes, et tout le monde le sait. Il peut faciliter quand même. À condition de ne pas faire semblant d'être neutre.

Vous reconnaissez ?Les signes
  • Vous posez une question, et tout le monde vous regarde pour deviner la bonne réponse.
  • Vous dites « c'est vous qui décidez », et personne ne vous croit tout à fait.
  • Les idées proposées ressemblent étrangement à ce que vous avez dit la semaine dernière.
  • L'équipe propose quelque chose que vous trouvez mauvais, et vous ne savez pas si vous devez le dire.
  • Les désaccords arrivent après, en aparté, jamais pendant l'atelier.

Ce qui se passe vraiment

Un manager qui facilite son équipe est juge et partie. Il a un avis sur le contenu, il a du pouvoir sur les personnes, et tout le monde le sait. La neutralité du facilitateur, qui est le cœur du métier, lui est inaccessible.

Ça ne veut pas dire qu'il ne peut pas faciliter. Ça veut dire qu'il doit le faire autrement, en étant clair sur ce qui est ouvert et ce qui ne l'est pas.

Le pire est de faire semblant d'être neutre. L'équipe le voit, et elle cesse de croire aux ateliers.

Sur le moment, que faire

Dites votre double rôle, au début, en une phrase : « Aujourd'hui j'anime, et c'est moi qui déciderai à la fin, en tenant compte de ce que vous direz. » La clarté remplace la neutralité impossible.

Quand l'équipe propose une idée que vous trouvez mauvaise, ne la démolissez pas en séance. Posez une question qui aide le groupe à la tester : « Qu'est-ce qui pourrait faire échouer ça ? » Si l'idée est vraiment mauvaise, le groupe le verra souvent tout seul.

Et si vous devez dire non, dites-le franchement, avec la raison : « Celle-là, je ne la retiens pas, parce que le budget ne le permet pas cette année. » Un non expliqué vaut mieux qu'un oui de façade qui ne sera jamais appliqué.

Avant la session, comment l'éviter

Préparez par écrit trois listes : ce qui est décidé, ce qui est négociable, ce qui est entièrement à l'équipe. Voir les modes de décision. Si la troisième liste est vide, ne faites pas d'atelier : informez.

Pour les sujets où votre position vous empêche d'être crédible, un budget, une réorganisation, un conflit dans l'équipe, faites faciliter par quelqu'un d'autre : un collègue d'un autre service, un facilitateur interne, ou un externe. Vous devenez alors un participant, et c'est souvent libérateur.

Après la session

Rendez compte de ce que vous avez fait des propositions. Ce qui est retenu, ce qui ne l'est pas, pourquoi. C'est ce qui fait que votre équipe croira au prochain atelier.

Et demandez un retour, anonyme si possible : « Qu'est-ce qui vous a empêché de dire ce que vous pensiez ? » La réponse vous en apprendra plus sur votre management que bien des entretiens annuels.

Ce qu'il ne faut surtout pas faire

Donner votre avis en premier. Même prudemment. Même « juste pour lancer ». L'équipe s'aligne.

Poser des questions dont vous connaissez la réponse. Ce n'est pas une question, c'est une vérification, et l'équipe le sent.

Animer un atelier sur votre propre façon de manager. Là, même la meilleure structure ne protège pas la parole. C'est exactement le sujet de la formation manager facilitateur d'Insuffle Académie, pour les managers qui veulent animer autrement que par la présentation descendante, en assumant leur rôle de décideur. Voir aussi le manager facilitateur.

Yoan Lureault en atelier

Yoan Lureault et l'équipe Insuffle

Facilitateur depuis quinze ans, il anime des comités de direction et des grands groupes avec le cabinet Insuffle, et forme des facilitateurs avec Insuffle Académie. Ce qui est écrit ici est ce qui est pratiqué en salle.

Mis à jour le 27 septembre 2026 · Nos règles éditoriales · yoan.eu

Sur le moment

La séquence d'intervention

  1. Dire votre double rôle 1 min

    « Aujourd'hui j'anime, et c'est moi qui déciderai à la fin, en tenant compte de ce que vous direz. »

  2. Afficher ce qui est ouvert 3 min

    Ce qui est décidé, ce qui est négociable, ce qui est entièrement à l'équipe. Au paperboard, visible toute la séance.

  3. Protéger la parole par la structure 15 min

    Écriture silencieuse, binômes, vote à l'aveugle : ils protègent la parole de l'équipe contre votre influence, même involontaire.

  4. Parler en dernier 2 min

    Votre avis après tout le monde, jamais avant. Sinon l'équipe s'aligne.

  5. Dire ce que vous décidez 5 min

    À la fin, à voix haute : ce que vous retenez, ce que vous ne retenez pas, et pourquoi.

Questions fréquentes

Ce qu'on nous demande

Un manager peut-il faciliter sa propre équipe ?

Oui, mais pas en prétendant être neutre : il est juge et partie. Il doit dire son double rôle, annoncer ce qui est ouvert et ce qui ne l'est pas, parler en dernier et utiliser des structures qui protègent la parole de l'équipe.

Quand faire appel à un facilitateur extérieur plutôt que faciliter soi-même ?

Quand la position du manager l'empêche d'être crédible : un budget, une réorganisation, un conflit dans l'équipe. Il devient alors participant, ce qui est souvent libérateur pour tous.

Comment faire participer son équipe sans l'influencer ?

En parlant en dernier, en faisant écrire chacun avant tout échange, et en utilisant le vote à l'aveugle. Et en disant clairement, au début, ce qui est ouvert et ce qui ne l'est pas.

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