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Situation difficileCe qu'on fait, concrètement

« Personne ne participe »

Quand personne ne participe, le réflexe est de parler plus pour combler. C'est l'erreur. Un groupe qui se tait a presque toujours une bonne raison, et son silence vous dit laquelle, si vous savez l'écouter.

Vous reconnaissez ?Les signes
  • Vous posez la question. Silence. Vous la reformulez. Silence, un peu plus lourd.
  • Quelqu'un finit par dire quelque chose de très général pour sauver la situation.
  • Les post-it restent vides ou se remplissent de mots-valises : « communication », « écoute ».
  • Les regards vont vers le chef avant chaque réponse.
  • Vous parlez de plus en plus, et le groupe de moins en moins.

Ce qui se passe vraiment

Un groupe qui ne participe pas a presque toujours une bonne raison. Il ne sait pas pourquoi il est là. Il ne croit pas que ce qu'il dira servira. Il a peur de ce que dira le chef. Il est épuisé. Ou la question ne le concerne pas.

Le silence n'est pas un défaut du groupe. C'est une information sur les conditions dans lesquelles on lui demande de travailler.

Distinguez deux silences. Le silence de sidération : le groupe ne sait pas quoi dire. Il se règle par la structure. Le silence de retrait : le groupe sait, mais ne le dira pas ici. Il se règle par la confiance, et parfois pas du tout en séance. Voir le silence dans la salle.

Sur le moment, que faire

D'abord, supportez le silence. Comptez jusqu'à dix dans votre tête. C'est long. C'est souvent vers sept que quelqu'un parle.

Si rien ne vient, nommez-le, sans reproche : « Il y a un silence. Qu'est-ce qu'il dit ? » C'est souvent la première vraie parole de la session. Quelqu'un répond « on ne sait pas trop à quoi ça va servir », et vous tenez enfin le vrai sujet.

Puis baissez la marche. Faites écrire deux minutes, seul, sur papier. Faites échanger à deux : on parle à une personne avant de parler à vingt. Et si la question ne concerne personne, changez-la : « Qu'est-ce qui vous a le plus gêné cette semaine sur ce sujet ? » Voir les questions puissantes.

Avant la session, comment l'éviter

Le silence se prépare en amont. Dans l'invitation, trois lignes : pourquoi on se réunit, ce qui sera fait du travail, qui décidera. Sans ces trois lignes, se taire est rationnel.

En ouverture, un tour d'inclusion qui fait parler chacun dès les premières minutes, et un cadre qui dit ce qui est permis. Pour un groupe qu'on sait réservé, un photolangage : choisir une image est plus facile que formuler une opinion.

Et testez la question avant, sur deux ou trois personnes. Si elles hésitent, le groupe hésitera.

Après la session

Demandez un retour à deux ou trois participants, seul à seul : « Qu'est-ce qui a rendu la parole difficile aujourd'hui ? » Les réponses sont souvent simples. Le chef était là. La salle était trop grande. On ne savait pas ce qui serait fait de nos idées.

Transmettez ce que vous apprenez au commanditaire, sans nom. C'est une information sur l'organisation, pas un échec de votre part.

Ce qu'il ne faut surtout pas faire

Combler. Plus le facilitateur parle, plus le groupe se met en position d'écoute.

Interroger quelqu'un au hasard pour « lancer ». Vous obtenez une réponse forcée, et vous installez la peur d'être le suivant.

Dérouler le programme comme si de rien n'était. Vous finirez à l'heure, avec un mur vide. Et quand le silence vient d'une défiance profonde envers la direction, aucune technique d'animation ne suffira. C'est un signal sur l'organisation. Il se traite avec la direction, pas avec le groupe.

Yoan Lureault en atelier

Yoan Lureault et l'équipe Insuffle

Facilitateur depuis quinze ans, il anime des comités de direction et des grands groupes avec le cabinet Insuffle, et forme des facilitateurs avec Insuffle Académie. Ce qui est écrit ici est ce qui est pratiqué en salle.

Mis à jour le 27 septembre 2026 · Nos règles éditoriales · yoan.eu

Sur le moment

La séquence d'intervention

  1. Nommer le silence 30 secondes

    « Il y a un silence. Qu'est-ce qu'il dit ? » Sans reproche. C'est souvent la première vraie parole de la session.

  2. Faire écrire d'abord 2 min

    Deux minutes seul, sur papier. Il est plus facile d'écrire que de parler devant un groupe.

  3. Réduire la taille 8 min

    Des binômes, puis des groupes de quatre. On parle à une personne avant de parler à vingt.

  4. Changer la question 2 min

    Si elle ne concerne personne, elle ne fera parler personne. Une question plus proche du vécu, du concret, de la semaine.

  5. Dire à quoi ça va servir 1 min

    Qui décide, ce que deviendra ce qui est dit. Sans cette réponse, le silence est rationnel.

Questions fréquentes

Ce qu'on nous demande

Que faire quand personne ne participe à un atelier ?

Nommer le silence sans reproche, faire écrire avant de parler, passer par des binômes, changer la question pour qu'elle touche le vécu, et dire clairement à quoi servira ce qui est dit. Et surtout, ne pas combler en parlant davantage.

Pourquoi un groupe reste-t-il silencieux ?

Parce qu'il ne sait pas pourquoi il est là, ne croit pas que ce qu'il dira servira, craint la réaction de la hiérarchie, est épuisé, ou que la question ne le concerne pas. Le silence est une information sur les conditions de travail.

Combien de temps laisser un silence en atelier ?

Plus longtemps que vous ne le supportez : au moins dix secondes après une question. Le silence est souvent le temps dont le groupe a besoin pour penser. Le couper trop tôt lui apprend que vous répondrez à sa place.

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