1. Accueil
  2. Outils
  3. Pre-mortem
Fiche outilDivergence

Le pre-mortem

Le pre-mortem demande à une équipe, juste avant de lancer un projet, d'imaginer qu'il a déjà échoué, puis d'écrire les raisons de cet échec. Ce n'est pas une analyse de risques de plus. C'est une autorisation : celle de dire les doutes qu'on garde pour soi quand tout le monde a l'air convaincu.

4 à 20 personnes45 à 60 minIntermédiaire
La ficheDivergence
Objectif
Faire émerger les risques qu'on n'ose pas nommer avant un lancement
Moment
Divergence, Décision
Groupe
4 à 20 personnes
Durée
45 à 60 min
Matériel
Post-it, feutres, un mur ou un paperboard
Niveau
Intermédiaire

À quoi ça sert

Dans une réunion de lancement, le plan est présenté, le sponsor est enthousiaste, le calendrier est serré. Qui va lever la main pour dire « je n'y crois pas » ? Personne. Pas par lâcheté : parce que le cadre ne l'autorise pas. Celui qui doute passe pour celui qui freine.

Le pre-mortem change le cadre. L'échec n'est plus une hypothèse qu'on défend. C'est un fait posé par le facilitateur. La question devient « qu'est-ce qui s'est passé ? », et chacun peut y répondre sans passer pour un rabat-joie. Les risques sortent. Souvent, les plus graves sont ceux que tout le monde avait vus sans les dire.

D'où ça vient

La technique a été proposée par le psychologue Gary Klein, qui l'a décrite dans un court article de la Harvard Business Review en 2007. Elle s'est depuis largement diffusée dans la gestion de projet et la prise de décision.

Quand l'utiliser, et quand s'en passer

  • Juste avant de lancer un projet important, quand le plan est assez précis pour être imaginé.
  • Avant une décision difficile à défaire : réorganisation, déménagement, changement d'outil.
  • En lancement de projet, après la présentation du plan et avant la répartition des rôles.

À éviter quand le projet est encore une idée floue : sans plan, les raisons d'échec restent vagues. À éviter aussi quand la décision est irrévocable et le groupe démoralisé. Lister les causes d'un échec qu'on ne peut plus empêcher, c'est juste déprimant. Là, une TRIZ sur les habitudes à arrêter sera plus utile.

La consigne qui fait tout

Tout repose sur le temps du verbe. « Qu'est-ce qui pourrait mal tourner ? » produit des précautions polies. « Le projet a échoué, pourquoi ? » produit des récits précis. Dites-le au passé, avec une date, et avec aplomb.

  • « Nous sommes en juin de l'année prochaine. Le nouveau logiciel est abandonné, tout le monde est revenu aux fichiers Excel. Vous avez cinq minutes, seuls, pour écrire toutes les raisons de cet échec. »
  • « Le séminaire de mars a eu lieu. Les participants en sont sortis plus divisés qu'avant. Que s'est-il passé ? »
  • « Un an après la fusion des deux équipes, les meilleurs sont partis. Écrivez pourquoi. »

Variantes et combinaisons

En grand groupe, faites le tour en sous-groupes de cinq puis une récolte des trois causes les plus citées. En petit comité, faites écrire chacun sur des post-it, un par cause, et regroupez-les au mur.

Le pre-mortem se prolonge bien par une matrice impact effort sur les parades. Ou par un poing à cinq pour vérifier que le groupe croit encore au plan. Si le pre-mortem révèle un risque bloquant, la bonne suite n'est pas un outil. C'est une vraie conversation avec le sponsor.

Yoan Lureault en atelier

Yoan Lureault et l'équipe Insuffle

Facilitateur depuis quinze ans, il anime des comités de direction et des grands groupes avec le cabinet Insuffle, et forme des facilitateurs avec Insuffle Académie. Ce qui est écrit ici est ce qui est pratiqué en salle.

Mis à jour le 27 septembre 2026 · Nos règles éditoriales · yoan.eu

Pas à pas

Le déroulé

  1. Rappeler le plan 5 min

    Le chef de projet présente le plan en quelques minutes. Objectif, calendrier, qui fait quoi.

  2. Annoncer l'échec 2 min

    Le facilitateur pose le décor au passé, avec une date. Il n'y a rien à débattre : l'échec est acquis.

  3. Écrire seul 7 min

    Chacun écrit, en silence, toutes les raisons de l'échec. Une par post-it, formulées comme un récit : « le fournisseur a livré en retard et on n'avait pas de plan B ».

  4. Faire le tour 15 min

    Chacun lit une raison à la fois, on fait plusieurs tours jusqu'à épuisement. Le chef de projet commence par la sienne, pour montrer l'exemple.

  5. Regrouper et choisir 10 min

    On regroupe les causes proches, puis chacun vote pour les trois qui l'inquiètent le plus.

  6. Parer 15 min

    Pour chaque cause retenue : une parade, un responsable, une date. Le plan est modifié avant de sortir de la salle.

Les durées sont indicatives : c'est le groupe qui donne le rythme. Construire ce déroulé dans Cadrage Minuter avec Timer

Ce déroulé se travaille en situation réelle dans la formation Facilitation et intelligence collective d'Insuffle Académie : trois jours, entre 4 et 12 participants, 4,9/5 sur 7 avis.

Questions fréquentes

Ce qu'on nous demande

Quelle différence entre pre-mortem et analyse de risques ?

L'analyse de risques demande ce qui pourrait arriver. Le pre-mortem pose l'échec comme un fait et demande pourquoi il est arrivé. Ce changement de temps libère la parole et produit des causes plus concrètes.

Combien de temps faut-il pour un pre-mortem ?

Une heure environ pour une équipe de six à dix personnes, parades comprises. Une version courte de trente minutes fonctionne si l'on se limite à trois causes.

Qui a inventé le pre-mortem ?

Le psychologue Gary Klein, qui l'a présenté dans la Harvard Business Review en 2007.

Le pre-mortem ne risque-t-il pas de démotiver l'équipe ?

Rarement, s'il se termine par des parades concrètes. Le groupe repart avec un plan plus solide et le sentiment que ses doutes ont été entendus.

Trouver un outil